Commençons par le début, l'histoire des skins

Commençons par le début, l'histoire des skins
Skinhead (des mots anglais skin (peau) et head (tête) : cuir chevelu (à nu)) désigne à l'origine un jeune prolétaire britannique aux cheveux tondus. Etymologiquement cela signifie que l'on voit la peau du crâne à travers ce qui reste de cheveux. Ceux-ci sont coupés courts, tondus ou rasés. Cependant les rares skinheads aux cheveux rasés du début, à la fin des années soixantes, étaient des jeunes engagés dans l'armée (il n'y a plus de conscription au Royaume-uni depuis 1960). Ce fut vrai aussi lorsque la mode skinhead s'est étendue au reste de l'Europe à la fin des années 1970 et a atteint des pays comme la France où la conscription était la règle (et où les conscrits étaient tondus à ras).

La mode skinhead est partie du Royaume-Uni, mais en s'étendant au reste du monde elle a connu des adaptations importantes et une diversification.

Il est donc hasardeux d'utiliser l'expression « mouvement skinhead » sans autre précision, puisqu'elle impliquerait une union des skinheads, ou au moins une identité commune. Il n'y a plus, loin s'en faut, ni unité, ni communion entre tous ceux qui se réclament de l'identité skinhead depuis la fin des années 1960.

Certains imaginent une filiation très ancienne à la mode skinhead. Déjà pendant la Première révolution anglaise (1641-1649), les partisans du Parlement menés par Oliver Cromwell étaient appelés les round heads (têtes rondes) par leurs ennemis en raison de leur coupe de cheveux courte opposée à la longue chevelure des aristocrates partisans du roi Charles Ier d'Angleterre. La ressemblance avec les skinheads s'arrête là, car les partisans de Cromwell, même s'ils recrutaient beaucoup parmi les classes populaires, étaient avant tout des protestants puritains d'inspiration calviniste qui refusaient les prétentions absolutistes du roi et la possibilité d'un rétablissement du catholicisme en Angleterre.

Il y aurait également mention d'individus répondant à la définition et à l'appellation du skinhead dès le début du XXe siècle dans la presse du Royaume-Uni. Le terme désignait de jeunes voyous issus des quartiers pauvres et aux cheveux courts, l'équivalent des « Apaches de la zone » en France.

Néanmoins, dans son acception moderne, skinhead s'applique à un mouvement de jeunesse né à la fin des années 1960 au Royaume-Uni. Tout part de la rencontre des rude boys, jeunes noirs d'origine antillaise (surtout jamaïcaine), et des hard mods, jeunes blancs fans de scooters et de soul music.

Dix ans plus tard les skinheads antiracistes dénient aux skinheads d'extrême-droite le droit de s'appeler skinheads et les qualifient de boneheads (littéralement « crânes d'os », ce qui familièrement signifie « crétins » et a le sens en français de « tête de n½ud »). À l'inverse, les skinheads d'extrême-droite se considèrent comme les seuls skinheads authentiques et nomment les skinheads antiracistes redskins (littéralement « peaux rouges », c'est-à-dire « communistes »).

Les skinheads sont issus de la vague modernist. Il faut donc rappeler brièvement qui sont les mods. Dans un premier temps il s'agit de jeunes Londoniens à l'avant-garde de la mode qui s'habillent de façon à la fois luxueuse et décontractée, aiment les costumes de coupe italienne, se passionnent pour le modern jazz et tout ce qui est moderne d'une façon générale, d'où leur nom. Vers 1963-1964, cet underground élitiste devient une vague de fond : de nombreux adolescents et jeunes adultes deviennent mods. La musique mod apparaît : le mods beat, surtout inspiré par le rythm'n'blues et la soul des noirs américains. Les artistes les plus célèbres sont les Kinks, les Who et les Small Faces. Un des titres modernist les plus célèbres est "My generation" des Who. Les précurseurs du genre sont issus du Nord de l'Angleterre et surtout de la région de Manchester où s'était développé le "Mersey beat" entre 1960 et 1963, adaptation anglaise de la musique noire américaine. De cette école sont issus les célèbres Beatles, même si les mods rejettent souvent le "Fab 4", jugé trop commercial et consensuel.

Les faits divers rendent les mods célèbres. Les batailles rangées entre mods et rockers (autre mouvement de jeunesse, axé sur les motos, les blousons de cuir et le rock'n'roll) font les gros titres des tabloids (presse à scandale populaire). Les bandes de mods en scooter et de rockers à moto se donnent rendez-vous à Brighton pour de mémorables bastons. Les mods méprisent les rockers, les jugeant arriérés et passéistes. Les rockers trouvent les mods maniérés et dégénérés. Ces considérations ne sont qu'un prétexte à la bagarre : le mouvement modernist n'échappe pas à la culture des gangs et au hooliganisme.

Vers 1965 la scène modernist se scinde entre les peacoks mods (ou smooth mods), qui aiment le luxe et se laissent pousser les cheveux, et les heavy mods, issus de milieux plus modestes et qui portent les cheveux plus court. Après 1967 beaucoup de mods se tournent aussi vers le flower power et le psychédélisme. Cheveux longs et chemises à fleur s'écartent encore plus du style mod originel. Les heavy mods, ou hard mods préservent un style qui se veut authentiquement mod et en même temps ouvrier. Ils portent le costume cintré et le chapeau pork-pie pour danser, mais des vêtements de sport ou de travail pour traîner dans la rue (polo Fred Perry, chaussures Doc Martens noires ou rouges). Ils prennent le contre-pied de la mode branchée de l'époque (telle la vague psychédélique ou le mouvement hippie) et affichent fièrement leurs origines ouvrières (working class). Ces hard mods se crispent sur l'identité modernist de la période 1963-1965 : musique noire américaine (r'n'b, Soul), luxe italien (Dolce Vita), style urbain et moderne, scooters Vespa ou Lambretta.

Comme ils vivent dans les même banlieues et quartiers ouvriers, les hard mods fréquentent les rude boys, ou rudies, jeunes immigrés antillais, surtout jamaïcains, dont le look est proche et avec qui ils partagent le goût pour la musique noire américaine (soul, rythm'n'blues) et jamaïcaine (ska et rocksteady). Vers 1968, les hard mods et les rudies se confondent pour devenir les skinheads.

Certains prétendent que les premiers skinheads se sont tondus les cheveux pour se distinguer des hippies. On raconte encore que beaucoup étaient ouvriers, donc obligés de porter les cheveux courts en raison des normes de sécurité. Plus probablement, il s'agit d'un moyen pour échapper à la police montée lors des émeutes ou des bastons. Ces explications nombreuses alimentent la mythologie skinhead : les skinheads ne veulent pas ressembler à des hippies, les skinheads sont issus de la classe ouvrière, les skinheads aiment se battre et détestent la police.

Le look skinhead se standardise vite : cheveux courts (tondus ou coupés courts, mais rarement rasés à blanc à cette époque), favoris, poloshirt Fred Perry, chemise à carreaux de marque Ben Sherman, bretelles, blue-jean style Levis 501 coupé court ou pantalon ajusté type sta press (rejet des pattes d'éléphant), chaussures Dr. Martens,Getta(Paraboots), rangers ou baskets(mais c 'est très rare), blouson style bombers jacket, harrington ou encore donkey jacket (manteau de docker), écharpe de son club de football préféré... Les jeunes filles portent des vêtements similaires et affectionnent la mini-jupe. La coupe de cheveux typique des skinhead girls, dite chelsea (cheveux tondus avec une frange longue sur le devant et quelques mèches longues dans le cou) apparaît à la fin des années 1970 seulement.

Indissociable de la culture skinhead : le tatouage. Les Britanniques affectionnent cet art plus que d'autres et les skinheads en font une véritable institution.

Le blouson harrington, porté par les mods, puis les skinheads et enfin les punks, n'est pas une marque mais un type de veste légère en toile de coton unie doublée de tissus à carreaux écossais (tartan). Le nom vient du héros de la série télévisée américaine Peyton Place, très populaire au début des années 1960, Mr Harrington, qui portait ce vêtement.

Le look skinhead est donc un mélange de sportswear, de vêtements de travail et de surplus militaires. Mais le costume ajusté, héritage mod, est encore porté pour danser ou frimer en soirée. Ces adolescents et ces jeunes adultes s'approprient, comme ceux d'aujourd'hui, certaines marques qui deviennent ainsi emblématiques : Fred Perry, Lonsdale, Ben Sherman, Everlast, ou encore Adidas

# Enviado el miércoles 08 de julio de 2009 16:05

Les cockney rejects, oï oï oï

Un vieux groupe de oï anglais, l'un des meilleurs ^^

# Enviado el lunes 13 de julio de 2009 16:25

La politique et les skins

Après 1971, l'esprit skinhead ne disparaît pas pour autant et survit à travers les suedeheads puis les smoothies (ces derniers portent les cheveux assez longs). Les deux adoptent le style bootboy lorsqu'ils descendent dans la rue : blue jean retroussé, Doc Marten's montantes, bretelles... C'est le style vestimentaire arboré dans le film de Stanley Kubrick Orange mécanique. Coïncidence troublante, les jeunes décrits dans le roman d'Anthony Burgess dont s'inspire le film arborent déjà cet uniforme plus de dix ans avant. L'½uvre est violente mais le message est plus subtil qu'il n'y paraît : une critique des théories comportementalistes et une caricature des aspects les plus ridicules des sociétés modernes. À la suite, ce film constituera une source d'inspiration pour de nombreux groupes skinheads, contribuant à forger l'image du jeune rebelle violent, incontrôlable mais cyniquement lucide.

Les mods eux aussi sont has-been mais restent nombreux, en particulier dans le nord de l'Angleterre où ils sont à l'origine d'un style musical particulier, influencé par la musique noire américaine des années 1960, la northern soul.

Les codes musicaux changent et chez les bootboys le reggae, le rocksteady et le ska sont vite supplantés par le glam rock (cf. David Bowie, T-Rex, Slade ou The New York Dolls), le pub rock (cf. Dr. Feelgood et Elvis Costello) puis le punk-rock (genre musical inventé aux États-Unis par les Stooges, les New York Dolls, encore eux, et les Ramones, nés en 1974 et célèbres dès 1976). Nombre des premiers punks britanniques (fin 1976-début 1977) ont le style bootboy, à commencer par les Clash (par ailleurs fans déclarés de reggae et de pub rock).

Profitant de l'explosion médiatique punk en 1977, les skinheads et même les mods réapparaissent et se mêlent aux punks. Ils sont alors peu nombreux, noyés dans la masse punk. Le film Quadrophenia (1979) et le groupe The Jam participent à la relance du courant modernist. L'hybridation des mods et des punks porte le nom de hard-mods (reprise d'un terme déjà utilisé à la fin des années 1960 pour désigner les proto-skinheads).

Après 1979 cependant, le punk-rock n'a plus la faveur des médias de masse et le look punk se radicalise : les punks deviennent not dead (de l'expression « punk's not dead », "le punk n'est pas mort"). C'est l'époque où apparaissent blousons cloutés et crêtes iroquoises colorées. Cependant beaucoup de punks de la première vague adoptent le style skinhead, ce qui passe à la fois comme un retour aux sources et une radicalisation. Le mouvement skinhead connaît une nouvelle heure de médiatisation.

Ces nouveaux skinheads écoutent ou jouent du street punk et de la oi !, c'est-à-dire une forme violente et radicale de punk-rock. On retrouve dans cette musique la base du punk-rock, mais aussi l'influence des chants de supporters de football et le style glam-rock dansant du début des années 1970. Cette musique doit susciter chez le jeune auditeur (et surtout le spectateur des concerts) l'envie de danser, de pogoter, mais aussi de reprendre les refrains en ch½ur, de se mêler aux autres dans une communion de rock, de bière et de sueur. Oi!, en argot cockney, est la contraction de l'apostrophe : Hey you !. On entend Oi! pour la première fois sur un morceau des Clash en 1977 (Career opportunities). Les groupes précurseurs, sont Menace, Cock Sparrer, Sham 69, ou Skrewdriver, puis viennent Angelic Upstarts, Cockney Rejects, Business, The 4 Skins, The Burial, Last Resort, The Oppressed, Blitz...

Les Sham 69, groupe emblématique des skinheads (et toujours sur la route) n'ont jamais adopté un look skinhead radical (le chanteur porte les cheveux mi-longs, même s'il à lui-même été skinhead dans son adolescence). Les vidéos de la fin des années 1970 montrent plutôt le look bootboy très fréquent à cette époque, ou plus exactement "herbert" (mi punk - mi skinhead). Les membres de Blitz ou des Oppressed affichent quant à eux une apparence skinhead beaucoup plus standardisée (cheveux tondus, chaussures montantes, bretelles...). Les Exploited illustrent le look punk's not dead, fondamentalement différent de celui des skinheads : coupes iroquoises (crêtes), blousons de cuir cloutés, cartouchières et pantalons moulants s'écartent du look skinhead. On constate ici (sauf pour les cheveux) une osmose avec le style heavy metal très extravagant de l'époque. Mais les punk's not dead portent aussi bretelles, jeans retroussés et chaussures montantes comme les skinheads. Les punks semblent préférer les rangers et les skinheads les Doc Martens (ou Docs) coquées ou les paraboots (terme générique pour désigner les bottes de saut, la marque la plus connue étant Getta Grip). Les looks intermédiaires entre le punk et le skinhead sont désignés sous les termes bootboys, skunks ou encore herberts. Certains adoptent une tenue skinhead mais une coupe iroquoise courte, comme certains parachutistes américains. Ces nuances paraissent futiles au néophyte. Mais il faut comprendre que chez les punks comme les skinheads l'apparence vestimentaire, la coupe de cheveux et l'allure en général ont une importance considérable. La plupart sont des adolescents ou de jeunes adultes qui cherchent à s'émanciper et sont donc très attentifs aux codes vestimentaires.

Cette époque connaît aussi un revival rocksteady, ska et skinhead reggae qui contribue à populariser le style skinhead avec des groupes comme Madness, The Specials, Bad Manners ou The Selecter de chez Two-Tone Records. Ces musiciens adoptent un style vestimentaire plutôt modernist ou hard mods, mais le public, comme nombre de musiciens de ces groupes, sont largement skinheads. De nombreux artistes jamaïcains tombés dans l'oubli refont surface (par exemple le chanteur Laurel Aitken, godfather of ska music, ou le tromboniste Rico Rodriguez). Le ska, énergisé par les influences punk-rock, remporte les faveurs du public skinhead de l'époque.

Mais en 1979, contrairement à 1969, la très grande majorité des skinheads sont blancs. C'est aussi de cette époque que date l'habitude de se raser les cheveux, et la musique Oi! de cette époque est souvent qualifiée de closed shave (rasée de près). Le slogan ACAB (all the cops are bastards, "tous les flics sont des bâtards") fait son apparition. Dès 1979 la mode skinhead dépasse le Royaume-Uni et touche l'Amérique du Nord et l'Europe de l'Ouest (en France la première compilation skin-punk Chaos sort en 1982). C'est une contre-culture particulièrement vivace dans les années 1980, même si elle n'attire pas la majorité des jeunes. En France, le street-punk des Camera silens ou deLa Souris Déglinguée attire un public skinhead. À New York les inventeurs de la musique punk-hardcore sont généralement des skinheads (Agnostic Front, Sick Of It All, Madball, MOD, ...), et revendiquent encore aujourd'hui leur appartenance ou tout au moins des liens avec le mouvement. Le terme de hard-core skinhead est assez répandu aux États-Unis. Ces skinheads évoluent dans une mouvance plus large : le punk-rock, le hardcore ou encore le rock alternatif.

Cette seconde époque skinhead est aussi marquée par la récupération politique du mouvement. C'est déjà l'extrême-droite qui cherche à s'implanter. À la fin des années 1970, l'extrême droite britannique (British National Party et National Front) s'implante parmi les jeunes punks et skinheads blancs issus généralement des classes sociales les plus défavorisées et en situation de marginalisation. Les provocations de quelques punks, comme Sid Vicious qui arborait souvent un t-shirt à croix gammée, ont fait penser à certains que les vrais rebelles étaient les nazis. Ian Stuart, chanteur du groupe punk Skrewdriver, est un exemple typique de cette dérive. Skrewdriver était un groupe street-punk parfaitement apolitique (comme l'immense majorité des groupes punks à cette époque), mais particulièrement provocateur, né en 1976. Après un split de courte durée Ian Stuart (qui jusque là cachait son engagement auprès du National Front depuis 75) reconstitue le groupe en 1979, mais sous une forme politisée ouvertement néonazie, puis il crée Blood and Honour au début des années 1980. C'est un mouvement nationaliste, raciste et en particulier antisémite. Ian Stuart ne cache plus sa fascination pour Hitler et ne tarde pas à apporter directement son soutien aux associations néonazies, aussi bien au Royaume-Uni qu'en Allemagne. Il est suivi par une partie des skinheads et certains punks qui adoptent un comportement de plus en plus violent et basculent vers l'extrême droite. Beaucoup sont des hooligans fascinés par la violence sous toutes ses formes. Ils hurlent Sieg Heil! ou Heil Hitler dans les concerts et déclenchent de fréquentes rixes avec les autres skinheads ou les punks, sans parler des agressions envers les noirs ou les immigrés. Le paki bashing reprend, motivé par la xénophobie et le racisme.

Certains skinheads ont pu se rapprocher de l'extrême-droite pour prendre le contrepied des punks (not dead) de la période 1979-1982 : rejet de la saleté, du look destroy mal rasé, de la clochardisation, de l'anarchisme, des drogues dures... respect des valeurs familiales, du travail, de la patrie, allure physique et vestimentaire saine et propre... C'est-à-dire le rejet de la marginalisation et l'attachement à des valeurs à la fois populaires et conservatrices. Idéologiquement ces premiers skinheads et punks nationalistes ratissent très large : rescapés du nazisme britannique des années trente qui servent de mentors, antisémites de tout poil, xénophobes échaudés par l'immigration, anticommunistes qui dénoncent les États soviétiques, hooligans violentissimes, punks et skinheads dépourvus de repères idéologiques qui aiment provoquer en arborant des insignes nazis (alors que leurs parents ont souvent combattu les nazis en 1939-45)...

Éc½urés par cette récupération de leur contre-culture et fidèles à leurs racines métisses, les skinheads antiracistes se regroupent à partir de 1979-80 dans Skinheads Against the Nazis (SAN, impulsé et contrôlé par le Socialist Worker's Party, trotskiste), puis au sein des SHARP (SkinHeads Against Racial Prejudice, mouvement fondé à New York vers 1987 à partir de l'expérience depuis 1985 d'un groupe de skinheads et boot-boys de Cincinnati appelé Baldies Against Racism). La figure emblématique du mouvement SHARP est Roddy Moreno, leader du groupe gallois The Oppressed et importateur en 1988 du SHARP au Royaume-Uni. The Oppressed chantent Work together, référence marxiste implicite et hymne à la classe ouvrière. Mais avant que les « pare-feux » ne se mettent à fonctionner, l'image des skinheads, et même de certains groupes emblématiques de la scène, a eu à pâtir de la dérive vers le néonazisme d'une partie d'entre eux. Ainsi les Sham 69 sont désespérés que de nombreux skinheads d'extrême-droite fréquentent leurs concerts (la "SHAM Army", cohorte de fans du groupe, étant même gangrénée par ceux-ci). Son chanteur mythique Jimmy Pursey décide alors de remettre les pendules à l'heure en faisant jouer le groupe dans les festivals RAR (Rock Against Racism). Les Sham 69 adaptent le chant révolutionnaire chilien El pueblo unido jamas sera vencido (Le peuple uni ne sera jamais vaincu) en If the kids are united they will never be defeated (Si les jeunes sont unis, ils ne seront jamais battus). Ces groupes réaffirment leur fierté d'appartenir à la classe ouvrière et de partager ses valeurs : fraternité, solidarité, luttes sociales... À la même époque les Dead Kennedys (groupe punk californien) dénoncent la dérive des punks et skinheads nazis dans le morceau Nazi punks. Fuck off!.

Certains skinheads anti-racistes sont engagés au sein du SWP, Socialist Worker's Party, organisation marxiste révolutionnaire trotskiste qui organise de grandes grèves à partir de 1980 en réaction à la politique libérale du gouvernement Thatcher (remise en cause d'acquis sociaux, restructurations douloureuses dans l'industrie et les mines...). Ils sont appelés reds (rouges) par les nationalistes qui les accusent de vouloir faire basculer l'Occident dans la sphère soviétique. Certains sont effectivement trotskistes, donc communistes, mais opposés à l'URSS. Mais la plupart des skinheads anti-racistes de cette époque au Royaume-Uni sont plutôt proches du travaillisme ou du syndicalisme réformiste. Ils ne constituent que des compagnons de route du Socialist Worker's Party. Les véritables redskins, impliqués dans la gauche révolutionnaire, constituent d'ailleurs à l'origine un mouvement distinct des skinheads. Ils gravitent autour du groupe de soul-rock The Redskins, animé par des permanents du SWP.

Les skinheads anti-racistes considèrent les nationalistes et les néonazis comme de faux skinheads et les appellent boneheads (littéralement « crânes d'os », en fait l'équivalent anglais de « crétin »). Les skinheads d'extrême-droite appellent leurs opposants reds (« rouges » ou « gauchos » en français) ou redskins (« peaux rouges »). Ces termes, péjoratifs dans l'esprit de ceux qui les utilisent, ont toujours cours aujourd'hui.

# Enviado el miércoles 08 de julio de 2009 16:13

Madness, One step beyond

Un autre groupe anglais, cette fois de ska

# Enviado el lunes 13 de julio de 2009 16:29

Différent mouvement skins

Différent mouvement skins
Ils sont présents partout en Europe, aux Amériques, en Australie, en Asie... En fait, ils sont présents partout dans le monde où il y a une scène skinhead. Ils constituent très vraisemblablement la majorité silencieuse du monde skinhead. Ces derniers refusent toute récupération politique et rejettent toute affiliation à une idéologie politique ou syndicale. Toutefois, cela ne signifie pas que ces skinheads sont dépourvus de conscience politique. Bien au contraire. En réalité, ces derniers n'ont tout simplement pas envie de mélanger musique et culture skinhead avec un engagement politique. Pour eux, le militantisme politique au sein de la scène skinhead est un poison et le mouvement skinhead doit revenir à ses racines des années 1960, à savoir redevenir aussi apolitique que les scènes mod, psycho, scooterist ou rocker. Cette mouvance apolitique n'est ni structurée ni organisée.

En France l'ultra gauche a longtemps désigné les apolitiques comme des brutes pour qui ne comptaient que les "3B" (bière, baise, baston), voire comme des crypto-fascistes ou des spécialistes du retournement de veste. Il est vrai que certains skinheads français des années 1980 ont commencé par être apolitiques avant de devenir néonazi. On peut évoquer ici le très controversé chanteur du groupe L'Infanterie Sauvage. Il y eut aussi des parcours inverses. Surtout les skinheads apolitiques apparaissent aujourd'hui comme échaudés par les extrémistes de tous bords. Mais la plupart s'affichent aussi comme antiracistes et non-nazis, ce qui est déjà une prise de position par la négative. L'humour n'a pas toujours sa place dans les différentes mouvances skinheads : lorsque que le groupe français ¼il Pour ¼il, autoproclamé apolitique, choisit d'intituler son album RAC- Rock Anti Caillera, il provoque le scandale. Le sigle RAC désigne en fait la musique des skinheads néonazis et signifie rock against communism (rock anti-communiste). De plus de nombreux skinheads d'extrême-droite avaient fait de la chasse aux délinquants et dealers (« la caillera », donc « la racaille ») un de leurs thèmes de prédilection.

# Enviado el miércoles 08 de julio de 2009 16:16